
2025 est une année un peu particulière personnellement (cet article ne parle pas de l’état angoissant du monde).
Je vais fièrement arborer un quart de siècle et célébrer exceptionnellement auprès de mon père qui fête 30 ans de plus, pendant que toustes mes enfants auront atteint la majorité… Rien que pour ça il s’agit d’une année marquante c’est vrai.
Mais ici il sera question d’un autre anniversaire :
10 ans de véganisme
Voici l’histoire…
Appelons-la Poune, et je suis sa maman.
Poune a 5 ans et adore les animaux (et en tant que neuroatypique, il s’agit d’un intérêt spécifique, donc ça prend énormément de place dans sa vie). Cela fait déjà quelques années qu’elle commence à s’interroger sur son alimentation. Je me souviens nettement de ce jour où je servais le déjeuner et où haute comme trois pommes reinettes, elle m’a demandé d’un air suspicieux « maman c’est quoi en fait le jambon ? »… et alors que j’avais à peine commencé à élaborer ma réponse, elle a précisé d’un air implacable : « non mais c’est quoi, VRAIMENT ?! » (ce qui signifiait « donne-moi les f*cking détails de A à Z sans m’épargner »!)
Bon, dire la vérité limpide aux enfants (de façon évidemment adaptée à là où iels en sont) faisant partie de nos principes parentaux, c’est ce que j’ai fait.
Poune a dit ok et a mangé son déjeuner en réfléchissant…
Je me souviens aussi qu’elle était très enthousiasmée par le choix de nos ami.es végétarien.nes.
Et voilà qu’à 5 ans, un soir tard, on était échoué.es sur le canapé devant la tv. Poune n’arrivait déjà pas à dormir tôt. On est arrivé.es aux programmes de vraiment fin de soirée, et un reportage sur le conditionnement industriel des coquilles Saint Jacques a commencé : l’emballage, la mise en sachets plastique, puis dans une boîte en carton, sur de grands tapis roulants, comment la boîte est fermée et envoyée dans les supermarchés… On somnolait, mais pas elle. Elle a regardé intensément le reportage en entier, et une fois terminé, nous a fait comprendre qu’elle était littéralement outrée de ce qu’on faisait aux coquilles Saint Jacques.
J’imagine que ce documentaire sans violence (en tout cas à nos yeux) a été la dernière pièce du puzzle qui se mettait en place dans l’esprit de Poune depuis quelques années avec ses questionnements, l’observation de personnes végétariennes, l’avancée de sa réflexion teintée de compassion pure pour les animaux qu’elle considérait en fait déjà comme des égaux.
Le lendemain à la première heure, Poune annonçait, déterminée, à l’ensemble de la famille, qu’elle était dorénavant végétarienne.
Comme nos enfants sont des personnes respectables (autre principe parental de base, des « invité.es de marque » comme dit Léandre Bergeron), on a accueilli la nouvelle sérieusement en disant « ah, d’accord ». Et on s’est tout de suite adapté.e.
J’admirais cette enfant brave qui à chaque repas où nous étions invité.es, regardait nos hôtes en annonçant : « je suis végétarienne » puis devait faire face aux questionnements (bienveillants) qui suivaient. En tant qu’hyper-empathique, quelque chose en moi se serrait devant sa « solitude » à ces repas, même si elle semblait s’en cogner, et sûrement un peu de culpabilité qui se pointait en mangeant ma viande… Au bout de quelques temps, j’ai décidé de l’accompagner en devenant moi-même végétarienne. Par solidarité avec Poune donc, mais aussi parce qu’au fond de moi je savais qu’elle avait raison. « Aimer » les animaux, mais les manger ?… La dissonance cognitive se réveillait en moi. Son papa a rapidement suivi aussi.
Il y a plus de 10 ans, nous sommes parti.es vivre au bout du monde. Et le pays où l’on vit, autant vous dire que ce n’est pas « le pays du fromage » !… Ça a été un peu dur.
Vous saviez que le fromage contient une substance qui rend accro ? Ben je peux vous dire que nous étions des accros du frometon, de bons français allouant un budget conséquent à notre plateau de fromages hebdomadaire, composé chez notre fromager Raphaël du petit marché des Anges chaque samedi matin. Donc là, le choc était un peu rude, en plus de ne plus avoir de bon pain et de nous retrouver déraciné.es et loin de nos proches. Misère ! On ne pouvait même pas se consoler dans le camembert ! Poune notamment a dû se sevrer de son sacro-saint fromage de chèvre. Heureusement les houmous et tartinades en tous genres ont apporté un peu de réconfort.
En même temps, j’avais des copines véganes, et le cheminement continuait dans nos têtes quant à la dissonance cognitive et à nos incohérences avec nos beaux principes « humains » qui s’arrêtaient net au bord de nos assiettes et surtout de notre tartine de mascarpone-gorgonzola (une tuerie dans tous les sens du terme). Et au fur et à mesure qu’on chemine, on se reconnecte avec une empathie naturelle et la compassion pour les animaux, ce dont Poune ne s’était pas encore éloignée, donc le tiraillement ne s’amoindrit pas. Parce que pourquoi ?! Juste parce que « c’est bon dans la bouche, miam », alors on tue ? Oui… Bref, ça tiraillait, une copine me disait « en fait les produits laitiers, c’est pire »… Une autre me parlait de B12 et de regarder Cowspiracy… J’ai résisté un peu, j’en parlais un peu, ça paraissait « extrême » un peu, mais en même temps je voyais bien que ça parlait aussi à Poune ce cheminement et que c’était la suite cohérente.
Je me souviens c’était une belle journée d’été, en février, dans notre petite cabane au creux de la belle nature de Titirangi. On avait encore seulement 3-4 meubles fabriqués en palettes ou chinés en opshop, et les quelques jouets embarqués dans les valises. Chacun.e s’occupait paisiblement. Et je me suis dit « allez ! ». J’ai mis en route le film documentaire « Cowspiracy » sur mon petit ordinateur portable, installée toute seule dans la chambre sur le lit, adossée contre le mur, et j’ai commencé à regarder. J’avais déjà regardé la version complète de « Adieu veaux, vaches, cochons, poulets » qu’on trouve facilement sur internet et qui est une parfaite première approche. L’extrait où l’on suit une vache à qui le fermier vient enlever son bébé est assez connu, mais je conseille de regarder le film entier.
J’étais prête. Au fur et à mesure du film, chaque membre de la famille est naturellement venu.e me rejoindre et s’installer devant le film.
À la fin du film, je referme l’ordinateur. Vous voyez combien de même pas une seconde ça prend de refermer un petit ordinateur portable ? Ben j’étais vegan.
Mais genre immédiatement. J’ai cessé de consommer tout produit animal et/ou issu de l’exploitation d’un animal. Regarder ce film était le déclic dont j’avais besoin là où j’en étais de maturation. Je n’ai pas eu besoin de plus, et je ne suis jamais revenue en arrière. Et je pense que là où on pouvait se trouver mal d’être loin de notre pays du fromage, ça a bien aidé car nous nous trouvions aussi dans un pays beaucoup plus ouvert et tolérant où les options vegan ne manquaient déjà pas, où on vous regarde moins de traviole pour ce genre de choix (et c’était une des raisons de notre immigration de se sentir plus respecté.es et libres d’être libres).
Poune est très vite devenue vegan avec moi, bien contente ! Et de toute façon je peux la remercier tous les jours, et me trouver contente d’avoir écouté, respecté et encouragé son bon cœur d’enfant au lieu de nos éventuels peurs ou doutes, au lieu de rester crispé.es sur nos conditionnements, habitudes et traditions, au lieu de céder à des pressions un peu stupides et surtout éloignées de la compassion et finalement de l’humanité. Je savais depuis mon premier enfant comme on grandit en écoutant le cœur de nos enfants, comme on évolue en aillant à cœur de les respecter en tant que personnes pleines de bon sens, sages et inspirantes, en faisant fi de ce que nos normes sociales encroûtées en pensent. Si ça ne fait pas de mal en vrai, y’a pas de raison de ne pas les écouter et les suivre. Et là en plus de pas faire de mal, ça fait du bien ! 🙂
Et je peux vous dire, je suis ravie de ne pas avoir eu besoin de regarder de documentaire plus trash pour me trouver convaincue. Je suis ravie que Cowspiracy m’ait suffi !
Les autres membres de la famille ont suivi à leur rythme. Et voilà, on trinque à nos 10 ans de véganisme (et d’antispécisme en fait) et merci Poune !
Et n’oublie pas ta B12 !

Si tu as envie de te lancer, d’avoir plus d’infos, sur le véganisme, la NÉCESSITÉ de bien se complémenter en B12, des questions etc, n’hésite pas à me contacter : contact@pokainoko
Comments are closed.